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Le conseil municipal de Seattle a voté 7 voix contre 2, le 22 septembre 2026, pour interdire aux grandes chaînes d’épicerie d’utiliser les données personnelles des clients afin de fixer des prix individualisés, faisant de la ville la première des Etats-Unis à adopter une interdiction complète de la tarification algorithmique en épicerie. Le texte, le Council Bill 121267, est maintenant transmis à la maire Katie Wilson, qui l’a proposé, pour signature.
Ce que l’ordonnance interdit précisément
L’ordonnance sur la tarification équitable et transparente (Fair Pricing and Transparency Ordinance) interdit aux détaillants d’épicerie comptant 20 magasins ou plus dans le monde — un seuil qui vise des chaînes comme QFC et Fred Meyer, propriétés de Kroger, ainsi que les magasins Safeway et Albertsons présents dans tout le comté de King — d’utiliser des données telles que la race, le genre, la localisation, la situation professionnelle, l’historique de navigation, l’activité sur les réseaux sociaux ou les conversations avec des chatbots d’un client pour déterminer le prix payé par cette personne pour un même produit. Le texte s’applique aussi aux plateformes de livraison tierces comme Instacart et aux enseignes mixtes comme Target.
La loi exempte les épiciers indépendants sous le seuil de 20 magasins, dont la chaîne seattloise PCC Community Markets, qui compte 16 points de vente. Les catégories de remises traditionnelles — pour les personnes âgées, les vétérans et les étudiants, ainsi que les tarifs standards des cartes de fidélité — restent autorisées sous cette ordonnance. Les détaillants devront également divulguer les critères justifiant toute remise et afficher clairement les prix en magasin.
Le vote à 7 contre 2
Le texte a été présenté par la conseillère Alexis Mercedes Rinck, coparrainé par les conseillers Dionne Foster et Rob Saka, à partir d’une proposition de la maire Wilson. Les conseillers Bob Kettle et Sara Rivera ont voté contre. Kettle a présenté plusieurs amendements visant à restreindre la portée du texte ; tous ont été rejetés, sauf un obligeant la ville à produire des rapports annuels sur les effets de l’ordonnance.
Rivera, qui représente le District 4, a déclaré soutenir une interdiction des hausses de prix algorithmiques, mais a voté contre car elle estime que la formulation du texte pourrait englober les programmes de fidélité classiques. « Je suis favorable à une interdiction de la tarification algorithmique ; les épiceries ne devraient pas facturer les clients en fonction de leurs informations personnelles », a déclaré Rivera, ajoutant qu’à son avis, la question serait mieux traitée à l’échelle de l’Etat de Washington, afin d’éviter que les enseignes ne délocalisent simplement leurs magasins hors des limites municipales.
La maire Wilson a affirmé que ce vote « fera de Seattle la première ville du pays à s’attaquer à la discrimination algorithmique des prix dans l’épicerie ».
Ce que disent les épiciers
La Northwest Grocery Retail Association a critiqué la portée du texte avant le vote. « Si un détaillant utilise vos informations personnelles pour vous facturer un prix plus élevé, cela devrait être illégal, un point c’est tout », a déclaré Amanda Dalton, présidente-directrice générale de l’association. Elle estime toutefois que l’ordonnance confond la hausse des prix avec leur baisse via des remises de fidélité et des coupons : « Faudrait-il aussi interdire d’utiliser les informations sur vos achats pour vous aider à économiser ? » Selon Dalton, la frontière que trace la loi entre la discrimination tarifaire interdite et la tarification de fidélité autorisée doit être clarifiée avant que les détaillants puissent s’y conformer en toute confiance.
Aucune chaîne d’épicerie visée par l’ordonnance — Kroger, Albertsons/Safeway ou Target — n’avait publié de déclaration publique sur le vote au moment de la publication de cet article.
Qui a soutenu le texte
Le syndicat UFCW 3000, qui représente les employés d’épicerie de la région du Puget Sound, et MLK Labor ont soutenu l’ordonnance, aux côtés de Consumer Reports et du groupe de défense des droits numériques TechEquity Action. « Faire adopter l’interdiction la plus stricte contre la flambée des prix pilotée par l’IA dans l’épicerie, cela paraît historique », a déclaré Kristen Wilder, une employée d’épicerie venue témoigner en faveur du texte. Grace Gedye, de Consumer Reports, a résumé l’enjeu pour les consommateurs : « Le prix que vous voyez ne devrait pas dépendre de qui vous êtes. »
Des recherches de Consumer Reports citées lors du débat au conseil municipal ont montré que les expériences de tarification algorithmique ont entraîné des hausses de prix allant jusqu’à 23 % sur certains produits lorsque les détaillants exploitent les données personnelles d’achat, un écart qui pourrait coûter environ 1 200 dollars par an à une famille, selon les chercheurs. Les articles consacrés au texte ont aussi cité le cas d’un client de Kroger dont le profil de données s’étendait sur 62 pages.
La suite, et ce que cela change en caisse
L’ordonnance n’entre pas en vigueur immédiatement : elle passe maintenant sur le bureau de la maire Wilson pour signature, et la ville n’a pas encore publié de date précise de mise en application. Une fois en vigueur, la ville pourra engager des poursuites contre les détaillants contrevenants, et le texte crée aussi un droit d’action privé, ce qui signifie que les habitants du comté de King qui estiment avoir payé un prix personnalisé fondé sur leurs données pourront intenter une action en justice directement.
Pour l’instant, les clients des magasins QFC, Fred Meyer, Safeway et Albertsons de la région de Seattle ne verront aucun changement immédiat en caisse. L’épreuve pratique viendra une fois que la maire aura signé le texte et que la ville aura fixé les règles encadrant la manière dont les détaillants doivent documenter et divulguer leurs critères tarifaires — le point que Dalton et le secteur de l’épicerie jugent encore non résolu.
